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Les incivilités envers les équipes vétérinaires atteignent un niveau alarmant dans la francophonie.

Posté le 08/05/2026

Paris, le 15 mai 2026 — Une étude 1 menée en 2025 par la Fédération des associations francophones de vétérinaires pour animaux de compagnie auprès de plus de 700 vétérinaires dans une dizaine de pays francophones dresse un constat préoccupant : les incivilités de la part de certains propriétaires d’animaux sont désormais répandues dans les cliniques vétérinaires. Cette situation, en nette aggravation selon une majorité de professionnels, soulève des enjeux majeurs pour la santé mentale des équipes, la gestion des établissements et l’avenir même de la profession.

Selon les données recueillies, près de 78 % des vétérinaires déclarent avoir été victimes de reproches ou d’insultes de la part de clients au cours de la dernière année. Ces comportements, qui étaient auparavant considérés comme des cas isolés, semblent désormais être devenus monnaie courante. À cela s’ajoute le fait que 77 % des répondants rapportent avoir été confrontés à des cris ou à des altercations, révélant un climat de tension émotionnelle croissante dans leurs interactions avec la clientèle.

Les enjeux financiers apparaissent également comme une source importante de conflit. En effet, 79 % des vétérinaires indiquent avoir déjà fait face à un refus de paiement pour des soins prodigués. Cette réalité complexifie la relation de confiance entre les professionnels et les propriétaires d’animaux, tout en fragilisant l’équilibre économique des cliniques.

Le personnel de soutien — les techniciens, les assistants et les réceptionnistes — est particulièrement exposé à ces comportements. Pas moins de 84 % d’entre eux affirment avoir été victimes de cris ou d’agressivité verbale. En première ligne dans l’accueil et la communication avec les clients, ces employés subissent de plein fouet les tensions, souvent sans les ressources ou le soutien nécessaires pour y faire face.

Les incivilités ne se limitent plus aux interactions en clinique. En effet, environ 43 % des vétérinaires ont affirmé avoir fait l’objet de menaces à leur réputation sur les réseaux sociaux. Cette évolution marque un déplacement des conflits vers l’espace numérique. Les critiques peuvent y prendre rapidement de l’ampleur et nuire à la crédibilité des établissements. Au total, un professionnel sur six relate même des menaces d’agression physique, accentuant le sentiment d’insécurité.

Face à ces comportements, les cliniques vétérinaires ont dû adopter des mesures de plus en plus fermes. Ainsi, 68 % des établissements ont déjà refusé de servir certains clients, tandis que 51 % ont dû expulser des individus présentant un comportement abusif. Ces actions, qui étaient autrefois exceptionnelles, sont en train de devenir des pratiques courantes pour assurer la sécurité du personnel et maintenir un environnement de travail sain.

Les conséquences de ces incivilités sur la profession sont profondes. Deux tiers des vétérinaires disent que leur moral est affecté, et près de 17 % envisagent de quitter la pratique. Dans un contexte où plusieurs régions font déjà face à une pénurie de vétérinaires, ces chiffres sont particulièrement préoccupants. Les impacts sur la santé mentale sont également significatifs : 49 % des professionnels rapportent des symptômes d’épuisement professionnel, 21 % des signes de dépression, 15 % des arrêts de travail et 10 % des démissions.

La perception générale des répondants confirme une aggravation du phénomène. En effet, environ 64 % des vétérinaires pensent que les incivilités ont augmenté au cours des dernières années, dont 22 % qui parlent d’une augmentation significative. Cela renforce l’idée que le problème est systémique et qu’une réponse structurée et collective est nécessaire.

 

« Il est urgent d’agir pour protéger les équipes vétérinaires et préserver l’intégrité de la profession »

Dre Soukaina Azib, présidente de la Fédération des associations

francophones de vétérinaires pour animaux de compagnie.

 

Dans ce contexte, plusieurs pistes d’action émergent. D’abord, les incivilités doivent être reconnues comme un véritable enjeu de santé au travail. Elles ne relèvent pas uniquement de la relation avec la clientèle ; elles sont comparables au stress ou à la surcharge professionnelle.

Ensuite, la protection des équipes doit devenir une priorité organisationnelle. Cela implique la mise en place de formations en gestion de conflits, l’élaboration de protocoles clairs pour faire face aux comportements agressifs, et un soutien actif aux employés victimes d’incivilités.

Les cliniques sont également appelées à formaliser des politiques de tolérance zéro. L’adoption de chartes de comportement pour les clients et de procédures encadrant le refus de service ou l’expulsion devient essentielle pour établir des limites claires.

Par ailleurs, la gestion de la réputation numérique s’impose désormais comme un enjeu stratégique. Les établissements doivent se doter d’outils et de compétences pour répondre de manière professionnelle aux critiques en ligne, tout en documentant les cas de harcèlement ou de diffamation.

Enfin, une réponse collective apparaît indispensable. Les ordres professionnels, les associations vétérinaires, les réseaux de cliniques et les institutions de formation doivent impérativement collaborer afin de sensibiliser le public aux réalités de la médecine vétérinaire et promouvoir des relations respectueuses entre les propriétaires d’animaux et les équipes de soins.

En conclusion, les incivilités envers les équipes vétérinaires ne peuvent plus être considérées comme des incidents isolés. Elles constituent désormais un enjeu majeur qui touche à la fois la qualité des soins, le bien-être des professionnels et la pérennité du secteur. Une mobilisation rapide et concertée s’impose pour inverser cette tendance et rétablir un climat de respect au sein des cliniques vétérinaires.

 

Pour consulter l’ensemble du rapport incluant les statistiques pour chaque nation, l’analyse détaillée et les pistes d’actions stratégiques

 

1. Sondages réalisés entre janvier et février 2026, par la Fédération des associations francophones de vétérinaires pour animaux de compagnie en collaboration avec l’Association des médecins vétérinaires du Québec en pratique des petits animaux, sur la plateforme Survey Monkey, auprès de 741 médecins vétérinaires travaillant principalement en pratique des animaux de compagnie au sein de la francophonie. Répartition des répondants : France (55 %), Québec (29,5 %), Maroc (6 %), Tunisie (2 %), Suisse (1,5 %), Burkina Faso (1,5 %) et pour le Gabon, le Luxembourg, la Nouvelle-Calédonie et le Burundi (0,5 %). La FAFVAC regroupe l’Algérie, la Belgique, le Burkina Faso, le Burundi, la France, le Gabon, le Mali, le Maroc, le Québec, la Suisse et la Tunisie. Ses objectifs, entre autres, sont d’harmoniser les activités entre les associations vétérinaires francophones, de faciliter la diffusion de l’information scientifique et de promouvoir des projets communs concernant le bien-être des animaux de compagnie. www.fafvac.org